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Mes babouches…

Qu’importe l’idée au départ, bonne ou fausse bonne, celle qui fait avancer c’est la prochaine.

L'inspiration vient à pied

en babouches peut-être, en prenant le temps de s’égarer.

En buvant le thé à la menthe et les histoires de Mohamed Daoudi, les jolies babouches pour lesquelles je viens de craquer me suggèrent d’écrire ma rencontre avec elles.

Marrakech. Arrivée de bonne heure au musée, je commence ma visite par la salle dédiée aux expositions temporaires. En découvrant les toiles de Jacques Azema, toute mon envie de rapporter une brève chatoyante de ce que je voulais une expérience aussi raffinée qu’envoûtante s’évapore. Perdu le fil de mon idée dans le mausolée haute couture du grand Yves.

Ouais, parmi les toiles des années 70, sensibles et colorées avec une justesse et une délicatesse émouvantes, il y a tous ces hommes délicieusement gouachés par Azema, installé à Marrakech dès 1930 où il enseigna le dessin avant d’intégrer l’école des Beaux Arts de Casablanca.

Aussi, face à la douceur et la subtilité de ses oeuvres pastel, j’éprouve un malaise. Trop de jeunes hommes, trop jeunes. Me voilà ramenée aux errances post 68. Et pour lesquelles je n’ai pas de mot.

C’est trop tard. Envolée mon inspiration.

tableau jacques azema

Besoin d'air et d'un café

Il est encore tôt. Dans les souks, toutes les échoppes ne sont pas encore ouvertes et, en silence, s’affairent des commerçants et des artisans. Je déambule dans les allées couvertes, devinant ici et là des impasses de tentations.

babouches femme beige

Emboitant le pas de ma curiosité, je me laisse guider par l’envie de découvrir l’artisanat ancestral du babouchier. Que la babouche soit pointue ou ronde, brodée ou ornée d’un simple pompon, de cuir de chèvre ou de soie, avec sa semelle de peau de veau elle est partout, pour tous.

Petite folie de fashionistas, souvenir peu encombrant ou simple chausson, la babouche se porte à merveille.

Accrochées aux parois d’une boutique jusque sur les portes battantes ouvertes, collées serrées, des babouches se superposent, s’alignent et s’empilent, formant de joyeux tableaux de pixels multicolores et chromatiques.

 

babouches à pompon
Touche de distinction
babouches pour homme
À chacun sa babouche

On ne va jamais aussi loin que lorsque l’on ne sait pas où on va

Christophe Colomb

Chemin faisant, j’ai fini par m’égarer, sortir des souks et me retrouver à deux pas du musée Dar Si Saïd. Mon appétit d’écrire retrouvé me guide à travers les maisons mitoyennes et les riads.

Étrange l’intuition qui guide les pas perdus

Dans un passage étroit, un homme tire l’aiguille. Dans la toute petite échoppe derrière lui, surprise, je découvre des babouches de tons sobres. Déclinaisons de rouges, de violets, d’ocres et de bleus de la ville, de gris, de beiges et de blancs de l’Atlas. Leurs peaux délicates comme la soie invitent à la caresse.

Mohamed coud 1
Mohamed coud 2
Mohamed coud 3

Mohamed Daoudi coud devant sa boutique, à deux pas du musée Dar Si Saïd.

Sur le haut des étagères de l’échoppe est encadré le diplôme de meilleur artisan du Royaume décerné à Rabat en 1972 à Mohamed Daoudi. Cartes d’exposant et reçus du Palais Royal font la fierté et la renommée du maroquinier.

Mohamed Daoudi

Le cuir dans le sang depuis des générations d’artisans de peaux, Mohamed Daoudi a fait de la babouche son commerce qui marche bien, son art de vivre.

Sans négociation, on ne négocie pas avec un babouchier du Royaume, j’ai trouvé jolie babouche à mon pied, sorti mon carnet de notes et enclenché mon Nikon…

Rédactionnellement Vôtre